Skip to main content
| Alain Vaessen

Un club de poids

Ainsi donc une ixième saison cycliste s’est ouverte pour St-Martin. A l’observateur tête-en-l’air tout a pu paraître ce dimanche-là banal et habituel : une aire de parking au gravier qui crisse, des haillons baillant, des vélos propres comme des sous neufs, des sourires et des poignées de main, Gérard en inspecteur pointilleux et… la photo de groupe à organiser.

A dire vrai la photographie de lancement de saison, toute traditionnelle qu’elle soit, ne distingue guère les cyclistes de leurs congénères sportifs. J’entends bien que les handballeuses ne posent pas accoudées à un vélo, que les nageurs se distinguent à leur peignoir, que les tennismen sont identifiables à la poussière rouge sur leurs chaussettes. Mais la composition est immuable : plan large, les petits devant et les grands derrière, multitude de visages plus ou moins ravis.

Le cycliste ne gagnerait-il pas à se distinguer ?

N’est-il pas d’ailleurs en droit de se monter le col (!) puisque le vélo, n’est-ce pas, “est le plus dur des sports”, “impose une terrible discipline”, “ne pardonne rien” (il faudra bien un jour oser affronter cette question qui me taraude depuis mes débuts et me rendait méfiant, enfant : qu’ont donc les cyclistes à se faire pardonner…?).

Ne me faites pas dire ce que je ne vais pas dire : loin de moi l’idée d’abandonner cette amusante tradition de la photo de groupe au coup d’envoi de la saison. Ceux et celles qui les conservent au fil des ans peuvent d’ailleurs y observer la progressive mutation du club : de gentils amateurs du dimanche avec leurs machines à dix kilos (je vais y revenir) à d’élancés apprentis coursiers et leurs vélos à dix biftons (là-dessus je ne reviendrai pas).

Mais parlons poids, justement. Fixette incontestable de notre sport, obsession du cycliste ! Obsession confortable… : les progrès du matériel vélocipédique offrent d’année en année à ceux qui pédalent un moyen de progresser sur ce terrain-là sans avoir à renoncer aux apéros, aux agapes du samedi, aux trapistes du dimanche : c’est le cadre qui s’amaigrit, les roues qui font l’effort, les dérailleurs qui surveillent leur poids.

Aux côtés de la photo de groupe traditionnelle (nous y voilà !) je suggère néanmoins que nous opérions également l’an prochain une… pesée de groupe. Le Guidon pourra ainsi s’afficher fièrement comme un club de 2,8 tonnes (j’évalue à la louche), ce qui en jette et envoie dans les cordes même les clubs de sumo (ceux du coin comptent rarement plus de trois ou quatre adeptes, ils ne feront pas le poids).

Cette exposition pondérale, outre qu’elle nous distinguerait des autres activités sportives, présenterait un avantage inédit : répétée en fin de saison la pesée de groupe permettra de mettre sous le nez de nos contempteurs les effets induits du vélo. Le Guidon pourrait bien en effet, en octobre, n’être plus un club que de 2,6 tonnes, ce qui ne paraîtra mastoc qu’aux distraits : le club vaut son pesant d’or, ses cyclistes s’affinent avec le temps.