On the road again
Chaque entame de saison ramène les cyclistes à la brutale réalité : nos vélos se déplacent… en touchant le sol. Et puisqu’en reprenant nos sorties nous indiquons clairement à l’hiver qu’il ne nous fait plus peur, celui-ci nous laisse en héritage ce qu’il a méthodiquement préparé pour nous faire payer notre audace : des routes qu’il a crevassées à coup de gel/dégel, des bas-côtés effrités, des nids-de-poule qu’il a sournoisement autorisés en janvier et février pour nous forcer à regarder où on met les roues.
Mais le cycliste honnête (il y en a…) en conviendra : l’hiver n’est pas seul responsable. Une couche de caoutchouc en dessous de trois centimètres d’air (compressé à plus ou moins sept bars) ne suffira jamais à nous rendre aériens, à escamoter la route sur laquelle nous posons nos roues. Le cycliste est condamné à bringuebaler…
J’entends d’ici les moins douillets parmi les plus véloces d’entre nous : certains jours de grande forme, sur l’une ou l’autre portion idéalement goudronnée, “je planais ! J’en oubliais même que j’avais une selle”. Je passe sur la vantardise mais attire l’attention sur le danger : la selle reste parmi les accessoires qui équipent nos bicycles une des pièces les plus utiles, même quand elle se fait oublier.
Un bref survol des petits revêtements sournois pourra convaincre ceux qui en doutent. Je vous le propose…
Spécialité brabançonne, le dallage en ciment : un échiquier infiniment étiré en longueur, succession de cases claires sur lesquelles les plus fous d’entre nous se déplacent en mode cavalier (une fois vers l’avant, une fois en diagonale) pour mieux enrouer (comme on dit enjamber pour un piéton…) les crevasses et les boudins d’asphalte qui les séparent. Le tap-tap insistant de chaque interstice passe par les poignets mais n’atteint le moral que quand la fatigue s’en mêle… Attention toutefois à une variété pernicieuse : la case (dalle) qui a fait son temps mais s’incruste, si granuleuse qu’elle ferait en cas de chute office de râpe à fromage.
Moins répandu : le ruban d’asphalte. Le terrain de jeu change. On quitte les échecs, on passe au billard. Ça coulisse, ça trace. C’est là qu’on entend le mieux le roulement des chaînes, le cliquetis des dérailleurs, le chuintement feutré des roues. Seule la variété Ravel du macadam présente une particularité perturbante : les replis bosselés là où les racines des arbres qui le longent lui soulèvent le cœur. Ça surprend, ça agace, ça ne nous arrête pas.
Plus occasionnel : les pavés, comme des petits gnomes qui feraient le gros dos pour nous obliger à jouer à saute-mouton. On ne les passe aisément, disent les plus aguerris, qu’en les snobant : tu accélères et tu les survoles. Nous sommes quelques-uns à n’avoir jamais trouvé le truc. On décélère et ils nous révoltent…
Multiforme, enchaînant fosses et bosses, parfois rosse, la route n’en est pas moins l’alliée du cycliste. Elle nous mène où nous roulons, nous ramène où nous voulons. Et sa sale habitude de provoquer des crevaisons (à la louche, une vingtaine la saison dernière au Guidon) n’est qu’aveu d’impuissance : elle nous taquine parce que, elle le sent bien, on bringuebale mais on la dompte.
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