Il ou aile ?
Il ou aile ?
Familier de l’échiquier (relisez donc la chronique On the road again), amateur de billard (relisez donc etc etc), le cycliste joue aussi aux dames. Nos grands-mères ne voudraient pas nous croire ; nos mères en souriraient avec indulgence ; nos filles se demandent pourquoi cela vaut mention.
Eh bien… c’est que que le sport est né sans elles.
Pas de femmes aux JO, les premiers qu’on prétendit modernes, de 1896.
A peine là quatre ans plus tard : 22 sportives admises, quasi confinées au croquet et à la voile, invisibilisées parmi… 975 mâles à barre (nous supprimerons dans la version pour enfants ce jeu de mots licencieux).
Et ça ne va pas aller vite.
En 1967, quand Kathrine Switzer s’avisera de faire la nique aux organisateurs du marathon de Boston, interdit aux femmes comme tous les autres à l’époque, il lui faudra ruser. Inscrite sous son nom mais avec la seule initiale de son prénom, K., pour se donner bon genre et obtenir un dossard, elle n’arrivera au bout des 42 kilomètres que grâce aux amis complices qui la protégeront tout du long contre les organisateurs cherchant à l’extraire de force du peloton.
Le Guidon version 2026 fait un peu mieux que les JO de 1900 mais serait bien avisé de ne pas fanfaronner : 14 % d’entre nous sont des elles. Aucune heureusement n’a eu à se donner un genre : J., A., M., V., M., P., I. et V. sont bien parmi nous Julie, Ann, Monique, Vinciane, Michèle, Pascale, Isabelle et Véronique.
Mais soyons juste le Guidon fait aussi bien mieux que les JO de 1900 : avec nous, cyclistes et cyclistes (ce n’est pas très clair mais je n’y peux rien, c’est le même mot pour les deux) roulent ensemble, côte à côte (!), les unes et les autres jouissant du même droit de cuissard. Et ce n’est pas l’habileté des marchands à faire croire que les vélos des uns ne conviennent pas aux autres qui y changera quoi que ce soit : elles pédalent elles aussi en appuyant sur des manivelles, assises sur une selle, mains au guidon et même la coquetterie, prétendument distinctive, n’est pas toujours du côté qu’on croit. Le cyclisme “à la Guidon” entérine donc un état de fait : le mollet n’a pas de sexe.
Les plus attentifs signaleront peut-être que la langue, elle, offre encore quelques signes de (fausse) distinction : plus verte chez eux que chez elles, encore un rien paillarde quand elles la préfèrent châtiée. Soit. Mais chacun s’accordera à reconnaître que la pédaleuse par sa seule présence adoucit les audaces langagières et que, messieurs encore un effort, l’égalité n’est plus inaccessible. Je suggère d’ailleurs (si J., A., M., V., M., P., I. et V. veulent bien nous laisser une minute entre nous…) je suggère, donc, qu’on fasse gaffe. A force d’être égales elles finiront par nous chiper notre Tour. Plus un de nous ne pourrait déjà suivre en course Marianne Vos, Justine Ghekiere ou Marthe Truyen, qui c’est déjà celles-là ? (J., A., M., V., M., P., I. et V. peuvent revenir…)
Fi donc désormais du il ou elle : ce sera pour nous ils ET elles, dans un club à double plateau ajusté à l’Histoire, qui nous enseigne que la femme est l’avenir de l’homme… depuis le début. Cloués au sol, les Roméo ont toujours su confusément que ce sont les Juliette qui ont de la hauteur. Et que dès lors s’ils veulent se donner des ailes…
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