Chanson de gestes
Les cyclistes rendraient-ils hommage sans le savoir à la “chanson de geste”, démodée depuis le Moyen-Age…? Oublions la chanson (même si les cyclistes prennent l’air), concentrons nous sur les gestes (les pinailleurs m’objecteront sans doute que “la” geste de la chanson susnommée n’a rien à voir avec des mouvements de bras, ils ont raison mais le vélo autorise quelques zigzags, profitons-en).
Notons tout d’abord que rouler côte à côte n’empêche pas de facto de papoter. Certains ne s’en privent pas. L’intensité du bavardage varie en principe avec celle de la pente mais les plus en forme d’entre nous peuvent tenir la conversation jusqu’à des déclivités de 3 ou 4 %, ce qui ne laissera de marbre que celui ou celle qui ne sait pas ce qu’est une déclivité de 3 ou 4 %.
Le mode d’expression préféré du routier est pourtant bien (nous y voilà…) le geste.
Hormis un spécialiste du langage des signes, aucun expert n’égale, sur ce terrain-là, le coureur du dimanche.
Le plus usité des signaux est l’écartement du bras, un coup de rame vers l’arrière, la main ballante, qui signale un obstacle. Son imprécision (nid-de-poule, véhicule, chien errant ?) n’ôte rien à son efficacité : j’en connais qui font l’écart sans jamais savoir ce qu’ils ont évité…
La variante “bordure au milieu de la chaussée” relève de la même grammaire mais la main qui godille est alors, index pointé vers le bas, agitée latéralement juste derrière le postérieur du messager. Il est le plus souvent salutaire de ne pas ignorer l’alerte.
Un autre geste existe pour conseiller le ralentissement. Le côté importe peu (je ne sais pourquoi, c’est presque toujours à droite) mais la codification est précise : la main en angle droit au bout (forcément) de l’avant-bras, paume vers le bas, monte et descend lentement comme pour inciter au calme. Si un des pieds du messager déchausse, tout le monde à compris : il ne s’agit pas que de ralentir, il va falloir user du frein. Comme on connaît la chanson, si les deux pieds se posent, re-frein.
Plus confidentielle est la tape dans le dos, signe de reconnaissance de l’éreinté à un équipier qui l’a pris en charge et l’a ramené, rempart face au vent, sur le groupe qui l’avait distancé. La main à la fesse, qui pourrait passer pour une variante, a la signification contraire tout en restant amicale : pousse-toi un peu, je passe.
Le soulèvement de la main gauche (paume au vent, parfois pouce levé) ne nous est pas destiné : il est le signe de gratitude que le cycliste offre à l’automobiliste circulant en sens inverse qui nous a cédé le passage. Quand celui-ci ne l’a fait que contraint et forcé, on distingue parfois dans le mouvement comme une pointe d’ironie, petit plaisir fugitif dont je laisse chacun juge.
Ne nous est pas destinée non plus la main à la poche, bras tordu, coude surélevé, et on lui en voudrait presque de dire ce qu’on voudrait taire : le cycliste qui farfouille pour trouver de quoi s’alimenter est forcément un routier qui vient de constater que ça va être encore long…
Bien. J’en laisse volontairement un de côté : le lever de coude. Une rapide recherche vient de me confirmer que ce mouvement-là est des plus communs, pratiqué dans 284 disciplines sportives. Nous ne sommes pas les seuls, avec ce geste-là, à connaître la chanson…
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